🇫🇷 LES QUATRE ACTES

« ELON ON MARS » se déploie comme un voyage en quatre actes. Plutôt que de raconter une histoire au sens conventionnel du terme, chacun des actes explore une étape différente d'un parcours à travers la mémoire, l'imaginaire, la conscience et la mutation.

ACTE I

Un cargo vogue sur les mers du globe. Au cours du voyage montent à bord les grandes conquêtes des siècles passés et se rappellent à notre mémoire — souvent défectueuse et ingrate — les exploits des grands pionniers qui ont façonné l'Histoire. Qu'avons-nous fait de notre héritage ? Pour l'équipage, symbole de l'humanité tout entière, il est grand temps de s'en montrer digne, à la hauteur, et de laisser place au Poète, le Fils, le seul capable de mettre un terme à la désunion des peuples. Un Son Fondamental, Fondateur, Créateur, se lève par-dessus les flots : un suprême pouvoir soutient toute chose. C'est le Souffle Créateur, et c'est sur cette onde du souffle qu'est porté le monde vers sa destination glorieuse, en dépit de tous les obstacles rencontrés au cours du voyage. Il est triomphateur de tous les obstacles. Une Flamme Immortelle. Un Souffle Immortel. Le Fils. Le Poète. Mais voilà que se lève une tempête dans le cosmos. Chaos. Désordre. Les os des squelettes s'amoncellent en falaises géantes. La fin du monde s'annonce sur l'horizon comme étant inéluctable. La conscience terrestre est désormais prête à être jugée. Un dernier répit est cependant offert à l'humanité tout entière. La magie du Diable pénètre au galop dans une forêt enchantée où hurlent des loups-chérubins et volent de grands oiseaux de nuit aux ailes géantes. Porté par le pouvoir de cet enchantement, aux sons des guitares, l'être humain, comme en état de sidération, arrive devant une porte close. Sur le seuil du temple, un hiérophante lui révèle alors que seul le désir lui permettra d'accéder à l'immortalité et à la connaissance. Commence dès lors la descente aux enfers, le monde juché sur la force occulte du chef des Démons. Le triple galop du destin est en route vers le royaume de Satan.

ACTE II

Moment suspendu dans l'éternité. Ici, ni chevauchée infernale, ni traversée des océans, ni voyage interplanétaire à travers champs de météorites, radiations cosmiques et monstres de l'espace. Néanmoins, le pouvoir des ténèbres ne cesse de croître. Il se nourrit des prières et des supplications des croyants. Il se repaît de l'adoration vouée à un dieu dont il usurpe la place, profanant son Nom sacré. Il transforme la foi en Dieu en une force de mort. Le sang pleut de toutes parts.

Chocs et perturbations dans le cosmos autour du vaisseau spatial en pleine transe mystique. Un premier échantillon de la mutation se trouve à bord du “Mutant”. Clandestin, incognito, en gestation dans le ventre de Billy. La conscience est un ventre, un athanor, un lieu de transmutation car, four. Le ventre est un four. Les ténèbres (ce ventre) transforment tout ce qui les traverse en Omen. Le Diable. Le Four. Passage par les ténèbres, four, flammes, cendres … avant le retour, avant l’aurore d’une nouvelle façon d’être, d’aimer, de respirer à l’air libre. Un monstre donc. Endormi, lové tout au fond de l'âme humaine. Fœtus prisonnier d'un bloc de granit ? Dans ce lieu non-situé où tout semble statique et immobile, un mouvement est là, en puissance. Un mouvement immobile. Un œil s’ouvre dans la pierre. Une vibration. Une vibration très puissante, mais inversée. Extrêmement puissante.

OrphĂ©e nous fait pĂ©nĂ©trer au cĹ“ur de l’enfer. De son pieds d’or, foule le sol incandescent de la souffrance et de la tristesse. Tout suinte la douleur, l’affliction. C’est cela l’enfer : cette solitude, cette tristesse, cet isolement. Un poids gigantesque pèse sur les Ă©paules de Satan : la vie humaine, son Ă©volution, son organisation, son fonctionnement, sa prĂ©caritĂ©. Des chants d'adoration s'Ă©lèvent des profondeurs de la nuit. Des invocations et des prières, insupportables pour les dĂ©mons qui grincent des dents et se lamentent, souffrent et gĂ©missent au contact de tant de requiems. La prière leur est odieuse. Pourtant, leur maĂ®tre tout-puissant en est l'auteur maudit. Il porte de nombreux noms. Et sous tous ces noms, il est adorĂ©. Il se fait appeler “Dieu”. Un grondement terrible. La prĂ©sence du maĂ®tre de tĂ©nèbres se manifeste. Tout se met Ă  trembler autour de lui : une machine de mort impitoyable est ce qui l’anime. Il rugit. Il pleure en fait. La souffrance du monstre. La terrible vibration de l'Enfer. L'infinie souffrance de Satan. Ă€ son service se tient un bien Ă©trange personnage : le Diable. DĂ©pitĂ©, vaincu, se voyant dĂ©fait, le Diable alors (ayant plus d’un tour dans son sac), sacrifie un poulet chinois de première qualitĂ©. Dans la cuisine, en l’absence de tout tĂ©moin, un mystère puissant s’accomplit en toute lĂ©galitĂ© satanique : le volatil affolĂ© se dĂ©bat comme un beau diable car c’était en fait un simple stagiaire-dĂ©mon appartenant Ă  la septième hiĂ©rarchie des dĂ©mons mineurs sous l’aspect d’un poulet chinois. Le rituel achevĂ©, le Diable dĂ©cide de se rendre sur Mars. Il embarque Mick Jagger avec lui : le Diable lui devant bien ça pour les services rendus Ă  sa cause et le labeur des Rolling Stones en mission sur la terre. ‍Langue tirĂ©e, avec d’épaisses lèvres et de grosses couilles, la carte d’identitĂ© du Diable. DĂ©sormais, tout le monde connaĂ®t la vĂ©ritĂ©.

ACTE III

« Le Mutant Â» traverse une zone dangereuse de l’espace. Elle enveloppe le vaisseau inerplanĂ©taire comme d’un puissant narcotique. Les passagers sombrent dans un Ă©tat  de rĂŞve Ă©veillĂ© ou de semi-sommeil dans lequel l’environnement cosmique produit des interfĂ©rences entre les pulsions psycho-sensorielles des uns et des autres, comme si les barrières entre les personnes s’évanouissaient au profit d’une Ă©nergie collective mise en commun pour accĂ©lĂ©rer le processus de mutation en cours : le voyage vers Mars en rĂ©alitĂ© n’est pas une question de distance et de prouesse technologique, mais un processus de mĂ©tamorphose de la conscience  comparable au dĂ©velopement d’un embryon dans un feu nourricier. OĂą trouver ce feu, sinon en soi-mĂŞme ? C’est alors que d’une façon tout Ă  fait inattendue, Ă©mergeant de cet Ă©tat de semi-conscience, une rĂ©vĂ©lation se produit : le passĂ© sulfureux de Billy se dĂ©roule sous les yeux Ă©bahis des passagers, ainsi que la bande-son de ces bas-fonds visitĂ©s par les deux garçons, Billy et Calum : ce n’est pas une illusion ! C’est du vĂ©cu, du très lourd, du très concret. Rien d’irrĂ©el :  ce n’est pas de la fiction, ce ne sont pas des souvenirs : tout se dĂ©roule en direct ; comme si  la traversĂ©e de l’espace engendrait une rĂ©alitĂ© imposĂ©e aux passagers se trouvant Ă  bord du “Mutant” ! Tous, le poète le premier, du fond de sa geĂ´le, la vivent comme si cette rĂ©alitĂ© se dĂ©roulait en eux, s’identifiant Ă  cette rĂ©alitĂ© repoussante, noire, gore :  dès lors, Billy devient le centre du voyage et le lieu-mĂŞme de la mutation : entre le vaisseau cosmique et Billy, il n’y a aucune diffĂ©rence : ils font un. L’histoire de Billy, son odyssĂ©e meurtrière en compagnie de Callum – sorte de Bonnie and Clyde entre deux garçons –, commence Ă  faire le tour du monde. Tous sur terre suivent son voyage et sa progression avec passion : Ă  qui donnera-t-il naissance ? Qui sera le premier ĂŞtre humain Ă  naĂ®tre sur Mars ?  Dès l’instant oĂą Billy constate qu’il porte un bĂ©bĂ© en lui, sans mĂŞme savoir pourquoi, ni comment (comme il le dit lui-mĂŞme au tout dĂ©but de l’opĂ©ra), il dĂ©cide de nommer  l’enfant  : « Elon Â» Parce qu’il naĂ®tra sur Mars. « Elon sur Mars Â». L’enfant est le passager clandestin au sein du feu du dedans. Billy est l’aventurier de la conscience, le pionnier de l’homme nouveau, l’explorateur de l’inconnu, astronaute  dans les abysses de l’âme humaine. JuchĂ© sur la lumière et les photons au triple galop, Billy progressivement pĂ©nètre au sein de la conscience cosmique : le vaisseau interplanĂ©taire ne se volatilise pas dans une autre dimension : tout au contraire, de multiples dimensions y pĂ©nètrent, s’y installent, nouvel Ă©quipage, nouvelle embarcation, nouveau cargo : une nouvelle façon d’être s’installe Ă  bord …. faisant de ce vaisseau une terre nouvelle. Une cĂ©lĂ©bration.  CĂ©lĂ©bration du nombre 28. L’anniversaire de Yash – un 28 – Ă  bord de l’homme cosmique  : ce qu’il est d’ailleurs. Un Homme Cosmique. Le  vrai astronaute de tous les temps, c’est lui : Ă  la fois vaisseau et passager, commandant de bord et Ă©quipage, individu et collectivitĂ© : temple cosmique. Char de Feu.

Acte IV

Ici rendu, vous ne comprendrez pas mes paroles, et pour cause ! Je suis un mutant. Je suis le mutant ; pas un messie sauveur ; pas un avatar ; j’ai pris les devants, j’ai voyagĂ©, et je suis arrivĂ©, non pas sur Mars, mais sur moi-mĂŞme, une autre terre, une autre conscience, renouvellĂ©e, entièrement neuve ; je suis un mutant : Ă  savoir, toute chose existante au monde en une seule personne, un seul ĂŞtre … collectif. La mutation s’est produite ; on le sait d’emblĂ©e, puisqu’un piano Ă©grène les notes toutes simples de la mutation. Par deux fois. Ce qui indique toujours une confirmation lorsqu’un mĂŞme chose est rĂ©pĂ©tĂ©e deux fois de suite. RĂ©pĂ©ter, rĂ©pĂ©ter, encore rĂ©pĂ©ter : c’est cela la mutation. Ă€ chaque rĂ©pĂ©tition se produit un infime changement, une nouvelle version du cycle rythmique ou de la mĂ©lodie. Tous attendaient un accouchement sur Mars ! le premier homme sur Mars. Mais rien. Plus aucun message, plus aucune signe de vie. Aucune trace du vaisseau spatial ! VolatilisĂ© ! Plus personne pour observer, tĂ©moigner, raconter. Elon n’est jamais nĂ© sur Mars, tout simplement parce que rien de descriptible ne subsiste. Le piano Ă©tait le dernier message ; lĂ  oĂą le premier message se confond avec le dernier. Le piano entendu au tout dĂ©but est le dernier souffle, le dernier vestige d’un monde ancien, d’une terre ayant mutĂ©e, s’étant extraite de la ligne du temps ; du temporel ; une terre Ă©chappant Ă  la durĂ©e ; Ă©vadĂ©e du sensoriel, du descriptif, du narratif, de l’auto-contemplation. Plus de cinĂ©ma ! Consentir cette offrande pour Ă©chapper Ă  l’esclavage, Ă  la tyrannie de l’image imposĂ©e. Il n’y a plus d’histoire « personnelle Â». La personne a mutĂ©, et son enveloppe charnelle avec. Tout n’est plus que rĂ©vĂ©lation après rĂ©vĂ©lation, dĂ©voilement après dĂ©voilement, en un processus sans fin de « mise Ă  nu Â» ; Ă´ter tous les vĂŞtements, tout ce qui cache, tout ce qui voile ; tout est vu, tout est su, rien n’est cachĂ© ; plus aucun vĂŞtement ; plus de fard, plus de tatouage ; plus de grimage ni de grimace en forme de sourire artificiel sur papier glacĂ© ; la honte du nu a disparu ; le genre n’existe plus ; ni homme, ni femme, mais la beautĂ© nue, splendide, Ă©blouissante, remplaçant l’ancienne sexualitĂ© : l’esprit est concret, le concret est splendeur de l’esprit ; l’intelligence est un acte d’amour, une bĂ©atitud sans fin, sans cesse renouvellĂ©e et de laquelle naĂ®t la beautĂ© nue debout sur son coquillage : la contempler, l’incarner – l’irradier – met au monde la personne : sans âge, Ă©ternellement jeune et pourtant immĂ©moriale. Nous y voici ! La nature multidimensionnelle de la conscience occupe dĂ©sormais l’espace-temps : l’observateur, l’explorateur, le chercheur, qu’était l’être humain, a laissĂ© place maintenant Ă  une connaissance directe et immĂ©diate de toute chose : les ĂŞtres et les choses ne sont plus sĂ©parĂ©s les uns des autres, ni par la distance, ni par les poids et mesures, ni par le nom ou la race : tout est communion, tout est Ă©change et chaque Ă©change donne lieu Ă  une fĂ©licitĂ©, Ă  la fois intĂ©rieure et extĂ©rieure ; comme si la personne dĂ©gustait sa propre substance atomique ; et l’atome, lui, en extase d’être goutĂ© de sa propre essence : l’exĂ©rieur est dorĂ©navant abstrait, et non plus concret ;  l’intĂ©rieur (ou le noyau spirituel) est dĂ©sormais de nature concrète, et non plus abstraite : l’extĂ©rieur est Ă©nergie pure … et l’intĂ©rieur est forme et beautĂ©. L’un se rĂ©vèle par l’autre. Ils communient, interagissentt au sein-mĂŞme de l’être. La  nouvelle personne est une personne mi-abstraite, mi-concrète, et ne s’appartient plus en propre, comme auparavant ; mais appartient Ă  un tout qui l’englobe et la dĂ©couvre en tant qu’émanations d’énergie  Ă©chelonnĂ©es au cours de l’Histoire, exactement comme un Ă©ventail qui s’ouvre. Mutation. La ligne du temps unidirectionnelle s’avère en fait multiplication de connexions entre elles, toujours neuves, toujours nouvelles, renouvellĂ©es, qui ne cessent de croĂ®tre et de se dĂ©velopper en rĂ©seau : les Ă©changes permanents entre l’abstrait et le concret sont crĂ©ateurs d’évĂ©nements Ă©chelonnĂ©s dans le temps et l’espace et que l’on appelle « l’histoire humaine Â» : des civilisations fleurissent, puis disparaissent : la personne multidimensionnelle construit et dĂ©truit en permanence sa propre personne en un renouvellement constant … et le tout communie avec le tout Ă  travers chacune de ses multiples et quasi infinies connexions. Mutation. Pour une telle personne, l’apparence du cosmos et de sa propre planète est toute autre. Elle n’est plus Ă©gocentrique, mais multidirectionnelle et multicentrique : le centre est partout et nulle-part,  situĂ© et non-situĂ© ; tout n’y est que jouissance crĂ©atrice et non plus seulement celle des sens : le rapport sexuel n’est plus qu’un vague souvenir d’orgasmes Ă©phĂ©mères et source de mortalitĂ©, d’accident, de maladie, d’échec. Infiniment plus puissante, la jouissance est un Ă©tat de conscience permament, Ă©tabli au sein de chaque cellule du corps humain lequel a mutĂ©. Le monde nouveau est un jazz. Un chabadabada cosmique, rĂ©pĂ©titif, minimaliste. De quoi cĂ©lĂ©brer le nombre 28 en apothĂ©ose et de prĂ©senter Yash au monde entier : le mutant. Sorti de la foudre et du tonnerre. Il m’avait dit de passer par l’Inde pour le mettre au monde. Extase de mes cellules. Les cloches sonnent.

« Le fils des cloches Â» … m’avait appelĂ© Jean Cocteau Ă  ma naissance.